Moi j'avais tout prévu en fait. J'allais vivre, chaque jour, chaque heure sans aucune exception supportable, sur notre planète. Je t'aurais tout donné coccinelle, vraiment tout, mes moindres parcelles, facettes, respirations, mots, sourires et larmes, toute ma vie, comme on avait dit. C'était prévu. Parallèlement, je me serais affaiblie de jour en jour, de nuits en nuits aussi ; je savais exactement comment ça se passerait, à te courir après j'aurais fini par boiter. Par trébucher. Tomber, sans les mains. Sur les genoux. Ventre à terre. Finir en rampant. C'était prévu. Et la dernière fois je t'aurais embrassé mirage. Parce qu'il ne pouvait pas en aller autrement. Puis, bien sûr, je serais morte. C'était prévu. On savait bien que ça me tuerait. On savait bien que Lucie c'est moi. Toi coccinelle tu m'en aurais voulu, tu en aurais voulu au monde entier, à mon monde à moi surtout, mais tu aurais compris, tu aurais fait tout ce que tu avais à faire. Et du coup tu commencerais, enfin, enfin, à m'aimer un tout petit peu. Et toi tu m'aimerais encore. Et récité Paul Eluard sur ma tombe. C'était prévu.
Et pourtant...